HISTOIRE DE COURCAY

 Courçay aux temps géologiques et préhistoire

La vallée de l’Indre a été creusée à l’ère tertiaire dans un immense plateau calcaire issu d’un lac qui occupait la région. Au quaternaire (- 500.000 ans environ) la grande glaciation fait de l’Indre un fleuve puissant et tumultueux qui perce le défilé de Courçay et creuse son lit dans le calcaire dur sur une largeur de 500 mètres environ ; la « tranchée » ainsi creusée est profonde de 30 à 40 m, le rocher de la Pinone domine l’Indre de 36 m, à 93 m d’altitude. Vers - 10.000 ans, le climat redevenu tempéré, les premiers hommes s’installent au bord de ce qui est devenu une petite rivière entre deux prairies marécageuses ou sablonneuses (les Varennes, voir rue de la Varenne) et au pied des falaises et abrupts rocheux que l’on voit aujourd’hui (Les Rochers).

On trouve des traces d’habitat humain tout au long de la vallée de l’Indre dès le paléolithique (- 10.000 ans), puis au néolithique (- 4 ou 5.000 ans) : restes d’instruments ou d’armes de pierre taillée, mais aussi ossements humains dans les cavités au pied des rochers à La Thibaudière, à Courçay. D’autres sites, sur le plateau, sont déjà habités : les Sables, la Garenne, le Vau, les Perruches, le Petit Rouvre, Toizay.

Le chemin de Varidaine longeait Truyes (au nord) et se séparait en une branche N-E vers Athée et une branche S-O vers Courçay, par Gâtacier et Bordebure. Quelques dolmens ont pu être encore repérés et un menhir près de La Barrerie, lieudit « La Grosse Borne ».

 Courçay à l’époque gallo-romaine

Courçay est repérable dès l’époque gallo-romaine, vers le IIIe siècle. Le nom « Courçay » lui-même est typiquement de forme gallo-romaine, avec son suffixe latin –ius, il vient directement du nom de son fondateur, le moine Curtius. Courçay s’est successivement appelé Curtiacus (774), Corceium (XIIe siècle), Courçayum (1267), Courfay (au XVIIIe siècle, écrit avec la lettre « f » qui valait « ss »).

La vallée de l’Indre était à cette époque partiellement défrichée et trois bourgs gaulois, dont nous ignorons les noms, existaient à l‘emplacement des actuels villages d’Esvres, Truyes et Courçay.

Les voies romaines construites dès cette époque sont, elles, bien connues, on peut aujourd’hui encore retrouver leur tracé et voir leurs traces en de nombreux endroits, à Courçay entre autres.

La voie principale suivait l’Indre, rive nord : venant de Loches, Chambourg, elle longeait le cimetière d’Azay-sur-Indre et arrivait à Reignac, là où est le château actuel. Sur la limite Azay-Reignac, on a trouvé en 1864 un trésor monétaire : vase en céramique avec huit monnaies d’or du IVe siècle, et à Haut Villepays une villa romaine.

La voie passait ensuite par le plateau de Courçay, par Geay (du nom propre de personne latin Gaïus), passait ensuite par la côte de Gâtacier (ou Gâte-Acier), près de Bordebure, puis atteignait Truyes et Cormery où un pont situé immédiatement en amont du pont actuel permettait le franchissement de l’Indre. Cette voie est-ouest de l’Indre se joignait à St-Blaise à la voie romaine nord-est sud-ouest Amboise - Poitiers.

En 1845, en 1858, puis en 1908, des fouilles ont été menées au Grand Geay ; les photos aériennes ont révélé une villa romaine à plan carré, de 40 mètres de côté, avec pièces d’habitation, galerie, cour intérieure, bâtiments de service, allée d’accès et vaste mur de clôture ; sur place ont été trouvées une lampe de bronze à six branches et une épingle en os ornée d’une tête de femme. Des fragments de murs romains étaient encore visibles en 1938, ils avaient déjà été représentés sur une gravure de 1856.

A La Barrerie également subsistaient de nombreux murs de cette époque, que les entrepreneurs ont fait disparaître. On en a une gravure, avec chèvres et berger devant, datant de 1856. Les bois qui jouxtent le hameau au nord-est sont encore mentionnés parfois comme « l’ancienne ville ». Une voie secondaire suivait le plateau sud venant du pont de Cormery, se dirigeait vers Loches au sud-est et traversait le plateau en limite des communes actuelles de Tauxigny et Courçay. Elle a été bien repérée grâce aux nombreux établissements romains qui la jouxtaient ; les noms actuels sont aussi typiquement gallo-romains : Aubigny, La Haute Borne, La Haute Brosse, le Carrefour Placé à Dolus-le-Sec. Le hameau de Villetivrain par exemple était une villa romaine (un vaste domaine agricole), Villa Tiberiana : le propriétaire s’appelait-il Tiberius ou était-ce en hommage à l’empereur Tibère ?

Courçay au Moyen-Âge

Au Ve siècle, les Germains passent le Rhin, les Wisigoths et les Alains atteignent la Touraine,

détruisent nombre de villas romaines, dont celles du Grand Geay, mais sans laisser de trace durable ; à Courçay, un seul nom est d’origine franque : Chemallé, du franc « Camalher ». La première église de Courçay, entre le VIe et le VIIIe siècle, est couverte de paille ou de joncs. Le cimetière est installé à distance de l’église et du village, suivant l’usage romain. Le village vit de cultures très variées, d’élevage, des produits des bois, de gibier.

La construction de l’église de Courçay que nous voyons aujourd’hui est entreprise au XIe siècle et achevée au XIIe siècle, à l’apogée de l’art roman.

 Courçay du Moyen-Âge à l’Âge classique

Au XIe siècle, les bâtiments fortifiés de la Grande Couture sont mentionnés (sous le nom de Cultura dans un cartulaire (registre des propriétés foncières ecclésiastiques) de Cormery. A cette époque, la Petite Couture (dénommée aussi La Jonchère) et la Grande Couture constituaient un fief relevant du château de Loches. Au XVIe siècle, la Grande Couture appartient à Jehan Hubaille, puis successivement aux familles Gannes, le Haya, Guimier, Aubry et de Mallevaud. Le beau manoir du XVIe siècle, bien visible sur les champs avec sa grosse tour ronde, existe toujours.

En 1119, le chapitre de Saint-Martin à Tours qui a acquis de l’archevêque la quasi totalité de la paroisse contre une rente annuelle de cent sols tournoi, fait de Courçay une prévôté (l’ancêtre de

notre gendarmerie). La prévôté occupe un bâtiment fortifié situé à côté du moulin actuel, mais il n’en reste aucune trace suite à sa destruction à la fin du XVIIIe siècle. Le prévôt en exercice en 1400 reste dans les mémoires : il condamne une fille coupable d’infanticide à être enterrée vivante, la tête seule au-dessus du sol, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le champ du supplice s’appelle la Justice (ou Les Justices), le long du chemin qui va du Haut Vau vers Chemallé, en encoignure d’un bois. Il y a avait aussi à Courçay, en plus de la cure, un prieuré constituant fief et qui dépendait du château d’Amboise.

Châtillon (en haut de l’actuelle rue de Châtillon, le long du mail du cimetière) était en 1522 un fief appartenant à Gilles des Cartes (ou Descartes). Le corps du logis, en briques et pierres, qui a été remanié et entouré ensuite de bâtiments plus récents, reste visible au coin de la rue du Repos et de la rue Napoléon.

Les moulins de Courçay et de toute la vallée de l’Indre ont d’abord moulu le grain mais ils ont pris un essor particulier sous Louis XII (roi de 1498 à 1515) pour répondre à la demande très forte de papier qui apparaît alors : moulins de La Doué et de La Thibaudière, associés à une source qui sort du coteau. Il y a alors sur l’Indre un moulin toutes les demi-lieues, 76 moulins en tout de Bridoré à Avoine ! Ils cessent leur activité à la fin du XIXe siècle.

Les guerres de religion affectent toute la région (conjuration d’Amboise en 1560, assassinat du duc de Guise à Blois en 1588), mais celle-ci reste fidèle au roi contre les Ligueurs. Cependant, en 1593 « à cause des troubles et courses ordinaires des gens de guerre, le siège de la prévôté de Courçay est transféré à Loches ».

Tout le XVIIe siècle et l’essentiel du XVIIIe siècle sont pour toute la région une longue période de stabilité et de paix, gâtée seulement par les terribles hivers de 1709 et 1710, à la toute fin du règne de Louis XIV.

En 1766, pour remplacer la voie romaine, est ouverte la nouvelle route royale du Berry (D 943 d’aujourd’hui).

La crue de 1770 ravage tous les villages de l’Indre. Courçay, Truyes et Cormery, à cause de l’étranglement accentué de la vallée qui accentue la montée brutale des eaux, sont particulièrement touchés. Après un été extrêmement pluvieux qui avait gorgé les sols, 30 heures de pluie ininterrompue les 25 et 26 novembre, l’apport brutal de l’Indrois, et dans la nuit du 26 au 27 déferle un véritable raz-de-marée. A Courçay, l’eau monte à 3 pieds dans l’église et la vague dévastatrice poursuit sa route vers Cormery, Truyes, Esvres, Montbazon, jusqu’à Azay-le-Rideau, pour s’étaler enfin à Bréhémont.

A Courçay, les repères de crues apposés cette année 2010 permettent de se rendre compte de la cote de la rivière, près de 3 mètres au-dessus de la chaussée du pont actuel.

 La révolution de 1789

Le 1er mars 1789, en vue des États-Généraux, les représentants du Tiers État de la paroisse de Courçay se réunissent pour rédiger leur Cahier de doléances. Parmi les neuf signataires figurent des noms qui perdurent dans le village ou à proximité : Joseph Brédif, Arrault, Rossignol. Le document est ensuite porté au Présidial de Tours.

La Grande Peur atteint toutes les communes du Val de l’Indre les 28 et 29 juillet 1789. Le 14 décembre 1789, à la suite de la création de la Commune de Paris en juillet, l’Assemblée Constituante adopte la structure communale que nous connaissons pour tout le pays. Le premier maire de Courçay, en 1790, s’appelle Laurent Veillaut ; Courçay a alors 880 habitants. En 1792, neuf volontaires partent défendre « la patrie en danger » : Deschamps, Duport, Drouault,, Gautron, Leblanc, Léturgeon, Marchand, Ménard et Morelle, tous âgés de 20 à 22 ans, ouvriers ou valets de ferme. Début 1793, la Convention décrète la « levée en masse » : les noms de Benoît, Honnet et Rossignol sortent de l’urne. Puis un cavalier, Lefebvre, puis dix autres encore en 1794, ils sont les « Soldats de l’an II ».

 Courcay depuis le XIXe siècle

Courçay ne se distingue pas spécialement au XIXe siècle ; sous le Second Empire, à l’inverse de

Cormery et d’Esvres, très « républicaines », Courçay et Truyes, communes rurales traditionnelles, plébiscitent le Second Empire. La commune ayant félicité l’Empereur à la naissance du prince Eugène, l’église se voit offrir le chemin de croix qui y demeure encore (voir l’onglet Patrimoine).

Entre 1880 et 1914, la physionomie de Courçay est sensiblement différente de celle d’aujourd’hui : les coteaux des bords de l’Indre sont dépourvus de bois et sont des zones de pacage : de nombreuses cartes postales des années 1900 montrent la zone du rocher de la Pinone (rive sud) ou le secteur des Rochers à La Doué (rive nord) : quelques habitations troglodytes, des arbres assez clairsemés, des espaces d’herbe maigre, les « pâtis», avec chèvres ou moutons sur les pentes. Beaucoup de maisons de Courçay que nous voyons aujourd’hui ont été construites vers les années 1880, dont la mairie, flanquée de l’école communale : « filles » à droite, « garçons » à gauche, les inscriptions gravées dans la pierre sont toujours là (voir le projet architectural à Vie scolaire).

 L’école

Dès juillet 1819, Laurent Veillaut, à nouveau élu maire, signale le manque d’école publique à Courçay, sans suite. C’est seulement en novembre 1878 que le maire Jules Tessier-Gaudion propose au conseil municipal de souscrire un emprunt de 16.000 F à la Caisse des écoles, sur 30 ans. La construction se fait au cours de l’année 1880 ; à cause de dépassements de devis et de conflits avec les entrepreneurs, la réception définitive ne se fait que le 13 novembre 1884, le coût final s’élève à … 30 165,56 F.

 Le mouvement régionaliste tourangeau 1906-1945

Entre 1906 et 1908, Hubert Fillay, de Blois, Jacques-Marie Rougé, de Loches, Géo Mary, locataire de La Chaumière dans les rochers de La Doué à Courçay, et d’autres, initient le mouvement régionaliste. Le groupe est soudé lors d’une représentation au « Théâtre de la Nature de Courçay » le 16 août 1908, il se développera alors, toujours à La Chaumière où auront lieu des rencontres poétiques : amour de la nature, idéalisme, régionalisme, et il sombrera après 1945, pris au piège de la « Révolution nationale » du Maréchal Pétain et de son régime. La Chaumière, représentée à l’époque sur de nombreuses cartes postales, est aujourd’hui effondrée on n’en voit plus que l’arrière pièce au ras du rocher, mais encore repérable, ainsi que le four à pain, à une vingtaine de mètres plus en aval.

 Les deux guerres mondiales

La Grande Guerre coûte la vie à 26 Courciquois (Truyes 27, Esvres 52). La population de la commune tombe alors de 651 à 621 habitants.

Vient la Seconde Guerre mondiale et l’Allemagne en proie au nazisme : le 19 juin 1940, les Allemands franchissent la Loire à Amboise et se précipitent vers Montbazon d’un côté, vers Reignac de l’autre. Les troupes françaises, dans l’idée de les retarder, font alors sauter à l’aube les ponts de l’Indre : Esvres, Cormery et Courçay. L’occupant s’installe, Cormery devient le siège d’une garnison allemande et la ligne de démarcation est tracée : Cigogné, Reignac, la moitié de Dolus sont en zone libre, Courçay est en zone occupée. M. Arrault est alors maire de Courçay. Après une période de flottement, les douaniers allemands s’installent au centre bourg et à Villetivrain (ils y construisent un blockhaus, ainsi qu’à Mazères, sur la commune de Reignac). Le poste officiel de passage est à Café Brûlé, mais les passages clandestins s’effectuent à Mazères, au Coin du Mur, au Temple. A Cormery M. Auger et M. Blanchet, à

Tauxigny M. Boucheron, à Villetivrain Robert Lecoutre, guident les clandestins vers la zone libre. La troupe de Louis Jouvet, ainsi qu’Aragon et Elsa Triolet, sont passés à Villetivrain grâce à Robert Lecoutre. La ligne de démarcation reste en place après novembre 1942, jusqu’en août 1944. Fin août 1944, les Allemands fuient enfin, et font à nouveau sauter les ponts à Esvres, Cormery et Courçay.

La population a beaucoup fluctué entre le XIXe et le XXe siècle : 887 habitants en 1801, 770 en

1851, 654 en 1901, 625 en 1954, 466 en 1975, 703 en 1990, enfin 779 au recensement de 2005. Le cap des 800 habitants a à nouveau été franchi en 2010 : autour de 830 (chiffre à valider par l’INSEE).

 

MAIRIE DE COURÇAY 
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